Le Tour de France Femmes avec Zwift – 3e étape – Héroïque(s)

Photo d’ouverture: A.S.O. – Billy Ceusters

Sur les deux premières étapes de l’édition 2026 de ce Tour de France Femmes avec Zwift, l’héroïsme n’avait pas été récompensé. À Lausanne sur la 1ère étape, un groupe d’échappées avait été repris à l’entée de la ville, à 6 kilomètres de l’arrivée ; lors de la 2e étape, Riejanne Markus fut engloutie par le peloton dans le dernier kilomètre. Deux tentatives fabuleuses couronnées par le prix de la combattivité, jolie récompense, mais vaines cependant.

Mais revenons au début de la 3e étape entre Genève et Poligny. Le Tour de France quitte la Suisse après avoir enthousiasmé pendant trois jours les spectateurs vaudois et genevois. Il y a de la tristesse à voir partir la caravane, les coureuses, la bonne ambiance, et une joie très forte aussi d’avoir fait partie du beau programme. On ressent ce bonheur chez les journalistes, chez le public, chez les autorités bien sûr, tout le monde est content.

Photo: A.S.O. – Gaetan Flamme

Et tout de suite, les coureuses attaquent la difficulté la plus impressionnante de la journée, le col de la Faucille (lien c !m 23), qui de Gex monte jusqu’au sommet des Crêtes du Jura et permet de basculer dans la vallée de la Valserine, mais aussi en direction de Morbier et de Pontarlier. Un carrefour en quelques sortes, situé à 1320 mètres d’altitude. Puis se présentent la Côte de Lajoux (1198 mètres d’altitude), et près de 40 kilomètres plus loin le col de la Savine (991 mètres d’altitude). La moitié de l’étape est surmontée mais c’en est trop pour un « gruppetto » qui se forme à l’arrière et tente par la solidarité de limiter les dégâts, groupe de coureuses dont fait partie Lorena Wiebes qui sait d’ores et déjà qu’elle perd son maillot jaune sur cette étape.

À l’avant, dans la montée au col de Savine, une combattante norvégienne, championne de Norvège en fait, avec son maillot rouge à croix bleue et blanche, s’échappe. Sigrid Haugset, penchée loin en avant sur son guidon, au style déterminé. Elle semble gauchère, en tout cas elle saisit sa gourde de la main gauche, à moins qu’elle ne soit ambidextre. Avec les jambes en tout cas, gauche ou droite, elle pousse avec la même vigueur sur les pédales. Il reste plus de 85 kilomètres à parcourir jusqu’à l’arrivée, quand elle s’échappe. L’entreprise semble téméraire, mais à Foncine-le-Bas, Haugset fait perdre la tête au radar électronique qui donne leur vitesse aux automobilistes, validée par un smiley et félicitée si modérée, rouge clignotante si excessive. Le radar s’emballe, confus.

Les routes sont belles et sinueuses, parfois creusées dans la montagne, survolant des gorges vertigineuses.

Photo: A.S.O. – Billy Ceusters

Quelques kilomètres avant Champagnole, Lotte Kopecky choisit la contre-attaque et se lance aux trousses de Haugset. Le peloton se balade dans la campagne du Jura et laisse filer les échappées, qui sont engagées dans une course poursuite dont la Belge Kopecky semble favorite. « Ça monte et ça descend, toute la journée », nous dit un journaliste. Il a raison, les obstacles majeurs de la journée sont derrière, pourtant on n’en a pas fini avec le relief. Il faut relancer en permanence, parvenir à garder un rythme. Et il y a du vent, qui change capricieusement de direction, tourbillonne, s’agite. On voit les coureuses lutter de face, mais aussi prendre des coups dans les roues carbone quand le vent est de bordure. Faux plats, vrais montées, température à 37o C. Cela fait beaucoup. Aujourd’hui aussi, le ravitaillement en eau est une besogne de tous les instants. Et pour chacune. La championne du monde Madeleine Vallières une musette rose sur le dos fait l’effort depuis l’arrière pour aller distribuer les gourdes.

Dans le peloton on se surveille, tant est si bien que le rythme est irrégulier. Tant mieux pour les échappées. Kopecky maintient la pression, elle se rapproche de Haugset, grignotant les secondes une à une. Au pied de la côte de Chaux-Champagny, dernier obstacle décisif, l’avance de la Norvégienne tombe sous les 15 secondes. Elle semble avoir craqué. Elle roule en secouant la tête, un rictus aux lèvres mi-sourire mi-douleur.

Les deux guerrières sont à coin, aucune n’a gardé la moindre réserve, elles ont, Haugset comme Kopecky, des dizaines de kilomètres, chacune en solitaire, au compteur, seules à lutter, seules contre l’air qu’il faut traverser, percer, trouer pour avancer. Peut-être, les favorites qui s’observent à 2 minutes 30 des échappées n’en ont-elles plus non plus des tonnes sous la pédale.

Puis on a l’impression que le calcul des écarts a un raté, que les gps ont perdu leur connexion satellite, car l’avance d’Haugset tombée à 10 minuscules secondes, elle était dans la ligne de mire de Kopecky, juste là-bas, et bien cette avance recommence à augmenter. 15 puis 20 puis 30 secondes… sur les 20 derniers kilomètres la Norvégienne, qui semble pourtant à la peine, roule en fait plus vite que Kopecky, par moments plus vite aussi que le peloton.

Et la flamme rouge sous les platanes, une longue allée pour accéder à Poligny, ville logée au pied d’un contrefort rocheux du Jura.

88 kilomètres en solo, un numéro du plus haut vol, la victoire d’étape, le maillot jaune, un nouveau visage aussi, radieux et incrédule.
(RC)

Photos: A.S.O. – Billy Ceusters

Photo: Thomas Vust

Classements, cartes et profils de l’étape 3 sur Le Tour de France Femmes avec Zwift.