Le Tour de France Femmes avec Zwift – 1ère étape – Le Grand Départ

À Ouchy pour le Grand Départ, le 1er août 2026, la chaleur est étouffante, l’asphalte gluante, l’air chaud est suffoquant. Un jour à ne pas faire du vélo. Et sur le podium, au moment de la présentation des équipes, gainées dans un gilet réfrigérant, les coureuses sont pourtant tout sourire.


Photo d’ouverture et ci-dessus: Camille Malas

Dans les allées réservées à l’organisation et aux photographes, Marion Rousse déambule dans une robe, aérée, blanche à discrètes fleurs rouges, détendue et souriante, auréolée du charme qui la caractérise. Une spectatrice l’interpelle, Marion s’approche et signe un autographe, aimablement. Elle est la porte-drapeau d’une manifestation où, aujourd’hui encore, la starisation est respectueuse, de part et d’autre, comme si des ultrasons bienfaisants passaient incognito, se répercutant en écho d’une personne à l’autre.


Photo: Thomas Vust

La foule est là, enthousiaste, d’abord devant le podium avec vue sur le Léman, puis devant la sortie du métro, aglutinée le long des barrières, perchée sur le mobilier urbain, pour entrevoir furtivement le peloton se mettre en branle lors du départ fictif.

Photos: Thomas Vust

À la sortie de la ville, on part pour de bon, on roule très vite, la moyenne sera élevée. Les ombres sont cachées sous les vélos, le soleil darde des rayons verticaux, ça cogne, seule Alison Jackson qui fait le show aérodynamique dans une descente a l’air de trouver cela drôle. Les bâtiments des villages de la campagne vaudoise sont pavoisés, une croix blanche sur fond rouge, fête nationale oblige, les géraniums illuminent les balcons comme un rappel colorimétrique, et au bord des routes le public enthousiaste trépigne, sautille et crie, agitant des drapeaux et des pancartes. La fièvre du Tour de France a contaminé le peuple vaudois, en d’autres circonstances plus discret.

Et devant, au pied de la Côte des Châbles, quatre coureuses (Maud Rijnbeek, Océane Mahé, Nikola Noskova, Idoia Eraso) battent le bitume en tête.

Photo: A.S.O. Gaëtan Flamme

 

La vitesse chute dans la montée, la sensation de chaleur s’accentue, la tête tourne, pourtant ce n’est pas une hallucination si elles voient sur les premiers mètres de l’ascension un lapin rose qui gesticule sur le bas-côté. Si le lapin est rose, la campagne vaudoise décline les jaunes, teintes de la sécheresse, hommage à un maillot encore à attribuer. La végétation est grillée par le manque d’eau. De l’eau, il y en a plein dans le lac de Neuchâtel que les coureuses longent par la rive sud. Elles rêvent peut-être d’aller piquer une tête, et faute de pouvoir profiter de la fraîcheur du lac, elles glissent des pochettes de glace salvatrice entre le bas de la nuque et le maillot.

Et l’avance des quatre échappées augmente, plus de 5 minutes. À 80 kilomètres de l’arrivée, cela peut-il suffire ? Une chute dans le peloton casse encore son rythme de progression, et l’avance frise les 6 minutes. Les kilomètres s’égrainent, par champs et bourgades, ronds-points et gendarmes couchés. Nikola Noskovà, dossard 147, s’asperge, le jour est blanc, la chaleur persceptible. Dans la salle de presse aussi, on s’éponge, jaloux du pain de glace que Maëva Squiban reçoit de son directeur sportif. En 2025 elle avait mis la barre si haut avec deux exploits victorieux en solitaire que même ses ambitions doivent lui sembler ridicules sur cette édition. Son coup de pédale est léger, annonciateur peut-être de nouveaux hauts faits.

Le ravitaillement en liquide ressemble à un défi, on voit les coéquipières se laisser glisser vers l’arrière, chercher des bidons, des distributions à la volée sont organisées depuis le bord de la route. Si chaque coureuse consomme 5 litres, ce sont près de dix quintaux de flotte qui doivent être transportés ou disséminés sur les 140 kilomètres de l’étape. Encore une chute, ou plutôt un accrochage. Toutes repartent. Et le peloton soudain s’étire, signe d’une cadence plus marquée. L’avance de quatre coureuses qui ouvrent le route fond, apparemment désormais de façon inexorable. Le coup de pédale des fuyardes se fait plus lourd. Elles sentent le poids du cagnard peser sur leurs épaules, le souffle du peloton se rapprocher. Au sommet de 3e catégorie de Villars-le-Comte, à 53 kilomètres de l’arrivée, les carottes semblent cuites, une minute d’avance survit péniblement. Une nouvelle course commence au moment où les concurrentes vont traverser la ligne de partage des eaux, glissant maintenant vers le Léman, laissant derrière elles le bassin du lac de Neuchâtel, pour de bon.

Le déroulé de l’étape prévoyait Lausanne-Lausanne, on respecte le programme et on cible la capitale vaudoise. Au milieu des vignobles et dans le cadre lacustre lumineux, une chorégraphie croisée se met en place entre les coureuses qui foncent sur les routes, les trains qui arpentent les versants du Lavaux et les bateaux Belle-Epoque qui font des ronds sur le lac.

 Photo: A.S.O, Billy Ceusters

À l’entrée de Lausanne seulement et après une résistance héroïque qui vaudra à Nikola Noskova le prix de la combativité, le peloton avale une fois pour toute les fuyardes et fond sur la ville.

Sur la place St-François, tandis que les cloches de l’église sonnent à tout va, la foule frémit.


Photo: Lucie Malas

Devant les écrans géants, on voit Demi Vollering attaquer, les autres favorites sont dans sa roue, toutes enchaînent les rues, affontent les montées d’une ville en pente et se rapporchent de l’arrivée, sur l’esplanade de Montbenon. La rumeur enfle, les cris et les encouragements prennent de l’ampleur au fur et à mesure de la progression sur les dernières rampes. Puis c’est la ferveur, un brouhaha intense déferle précédant de peu les coureuses comme si elles poussaient un paquet de cris et de houras devant elles. Le décibel pleut, tandis que les premières surgissent, fixant le bout de la perspective les dents serrées, les suivantes réduites à suivre, manifestement exténuées.


Photo: Lucie Malas

L’enthousiasme de la foule ne faiblit pas, au contraire, les encouragements semblent augmenter encore jusqu’aux dernières concurrentes qui peinent à réprimer un sourire discret devant tant de chaleur.

À l’arrivée, c’est Lorena Wiebes qui fait la passe de trois, étape, maillot jaune et maillot vert et qui du podium distribue les bouquets au public ravi.


Photos: Camille Malas