Photo d’ouverture: Aurélien Vialatte
C’est la dernière, ce soir on connaîtra le dénouement. Mais préalablement, les coureuses devront affronter le col d’Èze (Guillaume Néry en avait parlé dans cycle! magazine 24), à quatre reprises sur un circuit qui déploie ses virages et ses montées à l’est de Nice. Comme à Paris pour les JO ou lors des dernières éditions du TDF H, avec le circuit de Montmartre et le passage répété à la rue Lepic, on a imaginé pour cette 9e étape à Nice un circuit : 25 kilomètres dont le parcours culmine au col d’Èze (491 m) et qui sinue dans un paysage méridional plein de vues vers la mer, vers Villefranche-sur-Mer et le cap Ferrat, dans une alternance de nature et de quartiers où le construit est dense, aux portes de la ville.

Photo: A.S.O. – Gaetan Flamme
Les courses en circuit ont du bon. On se rappelle du Red Hook Crit (voir cycle! magazine 17) ou de la Petite Course à Paris, où sur de courtes distances réservées aux pignons fixes les participant(e)s rivalisaient sur un anneau urbain de quelques centaines de mètres. On assistait à la version moderne des jeux du cirque ; des courses enlevées, où la puissance, l’agilité voire les acrobaties ravissaient les spectateurs, sur des parcours qui mettaient les athlètes à rude épreuve.
Ici à Nice le parcours est plus long, mais la logique du circuit amène une dimension de suspense supplémentaire, on peut observer dans le premier tour les éléments qui sont favorables à l’une ou à l’autre des coureuses, puis on peut, sur les passages successifs, vérifier les constatations et conclusions qu’on a tirées au début de la course. C’est donc parti pour les quatre tours de ce circuit à Nice, ou presque, car le dernier tour présente une variante par rapport au trois précédents, où l’ultime ascension, par le chemin des Vinaigriers, jusqu’au col d’Èze, est plus directe (6 kilomètres au lieu de 7,7 km) et en conséquence plus raide (7,6 % au lieu de 5,9 %). Une facétie des organisateurs pour rendre le final plus dur et encore plus ouvert. Et une fois au col, pour la quatrième fois, il restera moins de 10 kilomètres jusqu’à l’arrivée.
En dépit de cette mini-variante, le profil de l’étape se présente cette fois comme les dents régulières d’une scie aux pointes acérées. Une vision qui doit découper le moral des coureuses en pièces, nombreuses d’entre elles avouent en effet, à l’aube de cette dernière étape, après huit étapes splendides mais exigeantes et sans répit, être « épuisées ». Au risque de se répéter, on admire leur courage et on réalise que les organisateurs ont du talent pour tracer l’air de rien sur une carte les efforts que d’autres devront faire et les obstacles que d’autres devront surmonter. Le départ est donné milieu d’après-midi et on ne change pas une formule qui gagne : il fait de nouveau très chaud.
Quelques coureuses tentent de s’extraire du peloton, et rapidement Lorena Wiebes cueille les derniers points qui lui sont nécessaires pour conserver de façon définitive son maillot vert. Il ne lui reste plus qu’à arriver au terme de l’étape. Puck Pieterse a déjà fait main basse sur le maillot à pois, elle court aujourd’hui sur les pentes du col d’Èze pour la gloire. Dans la lutte pour le maillot de meilleure jeune, Paula Blasi n’a pas dit son dernier mot, elle a des ambitions, mais Antonia Niedermaier qui la précède d’une minute au classement général est sur ses gardes, elle veille au grain et elle muselle Blasi à chaque tentative de sortie.
Au milieu de l’étape, dans la deuxième descente du col d’Èze, Marlen Reusser chute, on ne sait pas vraiment dans quelles circonstances. Elle met quelques minutes à repartir, sa troisième place est désormais perdue, elle semble cependant tenir à terminer son TDF F, ses coéquipières l’attendent et l’entourent pour les 50 derniers kilomètres de ce qui s’apparente alors à un chemin de croix.
Au pied de la quatrième et dernière ascension le peloton a explosé, onze coureuses restent à l’avant: Antonia Niedermayer, Kasia Niewiadoma-Phinney (Canyon-Sram), Juliette Berthet, Demi Vollering (FDJ United-Suez), Paula Blasi, Elisa Longo Borghini, Dominika Wlodarczyk (UAE L’Imad), Isabella Holmgren, Niamh Fisher-Black (Lidl-Trek), Cédrine Kerbaol (EF Educaiton-EasyPost), Femke De Vries (Visma-Lease a Bike). Juliette Berthet fait une nouvelle fois admirablement le travail pour sa leader Vollering.

Photo: A.S.O. – Billy Ceusters
S’il n’y a pas eu jusqu’ici de victoire française sur ce Tour et si les attentes placées sur les épaules de Pauline Ferrand-Prévot n’ont pas été satisfaites, le bilan des coureuses françaises est splendide, tant en terme de spectacle (avec Célia Gery, Maëva Squiban), que pour l’abnégation et le dévouement (Juliette Berthet), que pour la régularité (Cédrine Kerboal). On notera aussi le maillot à pois acquis à Lausanne et conservé lors de la 2e étape d’Océane Mahé qui a fait le bonheur de l’équipe Ma Petite entreprise, modèle atypique d’équipe financée de façon pratiquement participative et invitée par les organisateurs.
Niewiadoma attaque, tenue au cuissard par Vollering, qui contre-attaque dans le raidillon final. Elle gravit la pente assise sur sa selle, avec une puissance légère, tandis que Niewiadoma mouline en danseuse, accrochée comme en sursis à la roue de sa rivale. Puis comme la veille, d’un coup, elle cesse l’effort et lâche prise, comme dans une cassure tant physique que psychologique, l’autre est trop forte. La messe est dite.
La descente de Vollering est un spectacle, son visage esquisse un sourire encore retenu, qui s’épanouit de plus en plus au fur et à mesure qu’elle approche, dans la dernière ligne droite, de la ligne d’arrivée. Vollering remporte l’étape, conforte sa victoire finale. La coureuse « Oranje » fait sien le maillot jaune qui met de l’or dans son sourire lumineux.
On connaît maintenant le dénouement, on est aussi orphelins d’une course qui chaque jour a réservé son lot de rebondissements, de surprises et de spectacle. On s’est habitués à suivre les aventures des coureuses. Cette édition réunit a elle tous les éloges possibles et les coureuses, toutes, pourront, fièrement et à juste titre, dire « j’ai participé au TDF F 2026 ».
(RC)
Classements, carte et profils sur le Tour de France Femmes avec Zwift


Photos: A.S.O. – Billy Ceusters
Le secret de Demi tient dans un café au guidon.

Photo: Lucie Malas

