Pas par quatre chemins en Scanie

À la faveur d’un événement festif, nous sommes montés en Suède pour rouler aussi quelques jours en Scanie. Afin de se mettre en appétit, nous avons souscrit à un billet Interrail et depuis la Suisse avons traversé l’Allemagne et le Danemark, objectif Copenhague puis Malmö. Après quatre jours de vélo dans le sud de la Suède, nous sommes redescendus, toujours en train et en cabotant, par le Danemark et l’Allemagne. Une bonne semaine train-vélo-train.

Pour ce qui est du voyage en train, il faut reconnaître que l’Interrail a conservé tout son charme, la flexibilité est totale, on monte dans un train, on cherche une place libre, on descend quelques gares plus loin, si le cœur nous en dit. À de très rares exceptions, en tout cas pour les pays traversés, il a fallu réserver une place, ou renoncer à un train, annoncé comme complet. L’outil sur smartphone pour la gestion des billets qui a remplacé le carnet papier d’autrefois est truffé de pièges, on s’y fait, et il permet aussi de chercher efficacement l’horaire de la prochaine correspondance encore à définir. L’Interrail est ainsi confirmé comme une valeur sûre pour un beau voyage en train, flexible et aventureux.

Pour le vélo, nous sommes partis de Malmö avec des bécanes de location. N’y allons pas par quatre chemins, le rent a bike choisi, structure quasi officielle, réseau pan-suédois, avec des antennes sur tout le territoire, projet vraiment très convaincant sur le papier (ou sur internet), ne valait rien dans les faits et n’a pour ainsi dire pas tenu ses promesses.

Et n’y allons pas par quatre chemins, ou plutôt par quatre pistes cyclables, les itinéraires balisés de Scanie, de Sweden by Bike, obtiennent la palme!

Nous avons suivi sur 150 kilomètres tout d’abord le Sydskustleden, itinéraire nr. 3  le long de la côte occidentale de la Scanie, puis le Kattegattleden, itinéraire nr. 1, toujours le long de la côte jusqu’à la péninsule de Båstad. Jusqu’à preuve du contraire, on peut se risquer à dire qu’il s’agit du parcours le mieux pensé, le mieux tracé, le mieux balisé jamais emprunté.

L’itinéraire est séparé du trafic routier, à l’exception de carrefours inévitables, admirablement gérés dans leur conception de la cohabitation des modes de transport. On ne se sent jamais en péril ou envoyés au charbon. Par ailleurs, les automobilistes suédois croisés prennent une marge de manœuvre louable (c’est donc possible !), le cycliste garde à tout moment la priorité (sur lequel le piéton la conserve), et leur dépassement est exécuté avec une distance de sécurité confortable. On n’a pas l’impression d’être en sursis, on n’est pas en permanence en train de surveiller le trafic, on aime son prochain automobiliste en Scanie.

Le tracé est direct, comme celui des routes, on ne se sent pas baladés ici et là, pour soit-disant éviter un tronçon à fort trafic (ceux-ci sont gérés), ou pour faire un crochet par un site touristique vers lequel on serait malgré soi canalisé (ces sites sont plutôt des options bien indiquées sur l’itinéraire principal).

Le balisage, bien réel sur le parcours, ne présente pas de défaut, on peut rouler à un bon rythme, sans gps et sans se perdre. Des traces gpx sont disponibles et doublent les panneaux et indications pour qui le souhaitent.

Le cadre et le paysage côtier, avec vue sur le Danemark tout proche, est splendide, mérite qui pour une fois, ne revient pas aux instigateurs de ces « leder », ces itinéraires à travers la Suède.

On sort ainsi d’une agglomération somme toute importante comme Malmö par des pistes bien aménagées, le long de canaux, à travers des parcs, sans pression, on débouche sur le littoral, on roule avec vue sur la mer d’une station balnéaire à l’autre où des badauds, seuls « obstacles » à la progression nécessitant de l’attention, déambulent une glace à la main. Plus loin, sur une plage, des enfants pêchent le crabe armés de filets à papillons recyclés et de seau en plastic. Des digues avancent vers la mer, des baigneurs en peignoir blanc et pieds nus les empruntent pour aller piquer une tête dans une eau plus profonde. Puis on contourne un promontoire, on quitte quelques kilomètres le littoral sur une route champêtre à travers des champs de blés grillés par un soleil chaleureux.

Sans équivoque et jusqu’à preuve du contraire, ces itinéraires ont la palme du parcours cyclotouristique.

(RC)